Ciné, books, rencontres

Juste un blog pour faire naître quelques étincelles ; mes rencontres ciné, livresques, mais avant tout humaines

22 septembre 2007

Pique nique à Hanging Rock (Peter Weir, 1975)

A dream within a dream : 14 février 1900. Un pensionnat, des jeunes filles en fleurs, le bush australien. Et le rocher, dont certaines ne reviendront pas.

Premières minutes du film

Onirisme gothique en plein midi : voilà qui pourrait caractériser ce film étrange, parfois à la limite du tableau par sa grâce botticcelienne statique, à l'image de la belle Miranda... Mais avant toute chose, on se retrouve frappé par le terrible affrontement entre les moeurs domptées par le puritanisme victorien, s'accordant parfaitement avec les partitions classiques à la Beethoven jouées à l'école, et l'atmosphère dangereusement magnétique du site aborigène, milieu hostile mais hautement poétique où semblent résonner des flûtes de pan... Dans cette oeuvre à la lisière du fantastique, sensualité virginale et hystérie collective constituent ainsi les marques antagonistes d'une féminité qui semble ne pouvoir s'épanouir que pour mieux disparaître entre les failles du Hanging Rock. "Everything  begins and ends at exactly the right time and place".

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29 décembre 2006

Pierrot le fou (Jean-Luc Godard)

A voir, tout de suite : voilà presque 3 semaines que j'ai vu le film et je ne m'en suis pas remise... il ne faut pas, paraît-il. 

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Plus qu'un film... une musique tragique sur un ciel bleu éclatant qui ne semblerait pourtant permettre que le bonheur le plus lèger ; des dialogues qui jouent aux revenants ; des intermèdes burlesques, ridicules, décalés, comme la moindre de nos existences ; Ferdinand, qui n'EST pas Pierrot mais qui nous montre que jusqu'au bout, il y a Je ET un Autre... Ce que Nadja est à la littérature, Pierrot le fou l'est au cinéma. 

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12 août 2006

La Toccata de Widor (finale de la Symphonie n°5 pour orgue en fa mineur opus 42)

Il me semble toujours difficile d'exprimer ce que je ressens en écoutant une musique... mais cette Toccata, pour moi, c'est l'incarnation même de la joie dans toute sa puissance : une joie qui a écarté tous les doutes et contemple la beauté du monde depuis le sommet... une joie de communion, dont la plénitude emplit les coeurs et peut ainsi accompagner toute la traversée d'une existence.

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28 juillet 2006

Ferdydurke (Gombrowicz, 1937)

Quel sujet ? tout commence lorsque notre narrateur trentenaire retourne en adolescence, par phénomène de "cuculisation"...

Pourquoi c'est à lire d'urgence, et particulièrement quand on n'est pas dans sa meilleure forme : en premier lieu, tout simplement parce que c'est drôle et que je suis à peu près certaine que vous n'avez jamais rien lu de semblable. Gombrowicz manie le langage avec brio et s'en sert pour faire exister l'absurdité cocasse de certaines situations sociales... On peut penser au délire le plus absolu, surtout quand des chapitres entiers s'éloignent en apparence totalement de la trame d'ensemble déjà elle-même tellement décalée, mais c'est précisément par ce biais que cet auteur polonais incontournable parvient au coeur de questions capitales : ainsi Gombrowicz a-t-il pu affirmer qu'en psychologie, "l'homme crée l'homme". Riant de vérité, aurais-je envie de dire...

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17 juillet 2006

Maurice (James Ivory, 1987)

Le sujet : Amours homosexuelles dans l'Angleterre du début du XXème siècle.

Pourquoi je ne saurais que trop vous le conseiller : c'est un film qui m'avait profondément touchée il y a plusieurs années et que j'ai voulu revoir avec le regard nouveau que je peux à présent lui porter : et tout est encore là... Ivory sait effleurer toute la beauté de cette tendresse entre hommes, simplement au travers de quelques mots, voire d'un seul geste : pureté, c'est le mot qui me vient à l'esprit pour qualifier la délicatesse de ces relations amoureuses. Avant tout, il s'agit d'un film sur l'acceptation de l'homosexualité, jusqu'au dernier plan assez terrible sur Hugh Grant. Celui-ci m'a paru sublime dans la façon qu'il a d'installer le personnage de Clive dans une réserve absolue : l'apparente froideur de ses yeux bleus tente de dissimuler, tout au long du film, son for intérieur au regard étranger. Il m'a d'ailleurs frappé de voir que la musique se fait oublier (à moins qu'elle ne soit absente) des séquences dont il est le protagoniste ; comme si nous n'avions pas de droit d'accès à ses propres émotions. C'est donc un film profond, tout en tendresse, mais qui ne laisse jamais oublier l'étau du regard social condamnant l'homosexualité masculine, jusqu'à celui des domestiques...

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06 juillet 2006

The Hours

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En vrac : trois destins de femmes, ou plutôt des tracés en pointillés tantôt esquissés, effleurés, tantôt mis en lumière éclatante... la douceur terrifiante de Laura Brown (Julianne Moore), prise dans son leitmotiv domestique, qui ne fait que cohabiter dans la vie ... de Clarissa Vaughn-Meryl Streep je revois surtout l'effondrement dans sa cuisine, gantée de caoutchouc jaune... mode d'existence quasi antithétique vis à vis de celui de Virginia qui flotte jusque dans la mort, tout en revendiquant sa propre poétique existentielle... il s'agit bien des "heures", semblables à une eau qui coule, s'écoule, miroite, stagne, noie, et se laisse finalement oublier tant on y baigne.

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05 juillet 2006

Ray

Les grandes lignes : comme chacun doit le savoir à présent vu la pub qu'on a faite à ce film, il retrace la vie de Ray Charles

Pourquoi ce fut une déception : j'attendais beaucoup de ce film tant on m'en avait dit du bien, mais j'avais aussi peur de m'ennuyer un peu ... ce fut malheureusement le cas. La première demie-heure m'a semblée véritablement mortelle, et dans l'ensemble il y a beaucoup de longueurs inutiles. Filmer toute une existence est un exercice périlleux qui demande de trouver un souffle ; là c'est raté. En revanche, Jamie Foxx semble l'incarnation même de Ray Charles dont on retrouve jusqu'aux tics nerveux... Soulignons aussi que la vie de ce grand artiste est assez inconnue du grand public, d'où l'intérêt de ce portrait... Les facettes les moins regardables de ce "junkie" infidèle nous sont dévoilées sans complaisance et avec une certaine justesse. A mon sens ça aurait pu être un grand film mais l'intensité fait défaut pour qu'on ne demeure pas qu'extérieurs à l'histoire et aux personnages.

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04 juillet 2006

24 heures dans la vie d'une femme (S. Zweig)

Les grandes lignes : avant tout, l'histoire d'une rencontre humaine comme il s'en produit peu dans une vie.

Pourquoi j'ai aimé : ce court récit du très talentueux Zweig m'a fait retrouver le rythme finalement assez enlevé du Joueur d'échecs avec son récit emboîté. Tout paraît très juste, alors que la thématique intimiste pouvait laisser craindre quelques excès dans le traitement des sentiments de l'héroïne. On ne peut que vibrer avec elle et même trembler jusqu'à la dernière page : ce livre est avant tout là pour nous rappeler la beauté et l'intensité d'une relation entre deux êtres humains que rien ne destinait à se rencontrer. Fugace, mais marquant, à l'image de ce récit.

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Mon ami Machuca

Les grandes lignes : Chili, 1973, la violence politique, l'histoire de 3 gosses qu'une distance sociale infranchissable sépare.

Pourquoi je vous le conseille (très vivement) : si le film peut paraître trop fleur bleue à certains, du fait même de la vision de l'enfance et de l'apprentissage, il n'en reste pas moins vrai que le réalisateur (Andrés Wood) parvient magnifiquement à instiller la tragédie tout au long du film. Matias Quer ("le bourge") m'a énormément touchée, interprétant tout en finesse un rôle difficile dans ses nuances. Des scènes bouleversantes et parfois peu conventionnelles (le père McEnroe dans l'Eglise vers la fin) ; une BO qui sait être présente quand il le faut ; une histoire peut-être banale en apparence mais traitée sans facilités.

Mais j'ai aussi aimé : l'effacement des personnages adultes secondaires ; peu caractérisés c'est vrai, mais finalement tant mieux, il fallait choisir entre davantage de nuances et la force qui réside dans la vision désenchantée du personnage principal.

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