Une étincelle dans vos iris

Quelques rencontres esthétiques à partager...

04 septembre 2009

Old Boy (Park Chan-Wook, 2003)

Ris, et tout le monde rira avec toi. Pleure, et tu seras seul à pleurer.

    Le ton est donné : magistrale fable noire, Old Boy est l'histoire d'Oh Dae-Su (Choi Min-Sik), père de famille enfermé pendant 15 ans pour des raisons qu'il ignore, et pour qui la télévision fut le seul autrui possible. D'un monde de l'absurde que n'aurait pas renié Kafka, le réalisateur coréen nous fait passer à un univers machiavélique où le désir de punir le tortionnaire est l'instrument même du châtiment prévu par l'Autre, celui qui tire les ficelles : c'est en somme l'histoire de deux vengeances s'entremêlant jusqu'à donner le vertige dans les scènes finales, où le bourreau et la victime semblent devenus le miroir l'un de l'autre.

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A partir d'un scénario trouble qui soulèverait le coeur à plus d'un, Park Chan-Wook parvient paradoxalement à faire jaillir de ses personnages une empathie mutuelle, là même où ils paraissent avoir touché le fond. Rythmes, musique et photographie pour le moins inattendues sont également au service d'une réalisation originale qui donne toute leur place à des effets de ralenti, pour mettre en lumière une violence autre que celle à laquelle les cinéastes nous ont habitués : comme pour annoncer peut-être la douceur feutrée et rédemptrice de la dernière scène sous la neige.

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29 décembre 2006

Pierrot le fou (Jean-Luc Godard)

A voir, tout de suite : voilà presque 3 semaines que j'ai vu le film et je ne m'en suis pas remise... il ne faut pas, paraît-il. 

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Plus qu'un film... une musique tragique sur un ciel bleu éclatant qui ne semblerait pourtant permettre que le bonheur le plus lèger ; des dialogues qui jouent aux revenants ; des intermèdes burlesques, ridicules, décalés, comme la moindre de nos existences ; Ferdinand, qui n'EST pas Pierrot mais qui nous montre que jusqu'au bout, il y a Je ET un Autre... Ce que Nadja est à la littérature, Pierrot le fou l'est au cinéma. 

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17 juillet 2006

Maurice (James Ivory, 1987)

Le sujet : Amours homosexuelles dans l'Angleterre du début du XXème siècle.

Pourquoi je ne saurais que trop vous le conseiller : c'est un film qui m'avait profondément touchée il y a plusieurs années et que j'ai voulu revoir avec le regard nouveau que je peux à présent lui porter : et tout est encore là... Ivory sait effleurer cette tendresse entre hommes, simplement au travers de quelques mots, voire d'un seul geste : délicatesse, c'est le mot qui me vient à l'esprit pour qualifier ces relations amoureuses. Avant tout, il s'agit d'un film sur l'acceptation de l'homosexualité, jusqu'au dernier plan assez terrible sur Hugh Grant. Celui-ci m'a paru sublime dans la façon qu'il a d'installer le personnage de Clive dans une réserve absolue : l'apparente froideur de ses yeux bleus tente de dissimuler, tout au long du film, son for intérieur au regard étranger. Il m'a d'ailleurs frappé de voir que la musique se fait oublier (à moins qu'elle ne soit absente) des séquences dont il est le protagoniste ; comme si nous n'avions pas de droit d'accès à ses propres émotions. C'est donc un film profond, tout en tendresse, mais qui ne laisse jamais oublier l'étau du regard social condamnant l'homosexualité masculine, jusqu'à celui des domestiques...

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06 juillet 2006

The Hours

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En vrac : trois destins de femmes, ou plutôt des tracés en pointillés tantôt esquissés, effleurés, tantôt mis en lumière éclatante... la douceur terrifiante de Laura Brown (Julianne Moore), prise dans son leitmotiv domestique, qui ne fait que cohabiter dans la vie ... de Clarissa Vaughn-Meryl Streep je revois surtout l'effondrement dans sa cuisine, gantée de caoutchouc jaune... mode d'existence quasi antithétique vis à vis de celui de Virginia qui flotte jusque dans la mort, tout en revendiquant sa propre poétique existentielle... il s'agit bien des "heures", semblables à une eau qui coule, s'écoule, miroite, stagne, noie, et se laisse finalement oublier tant on y baigne.

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05 juillet 2006

Ray

Les grandes lignes : comme chacun doit le savoir à présent vu la pub qu'on a faite à ce film, il retrace la vie de Ray Charles

Pourquoi ce fut une déception : j'attendais beaucoup de ce film tant on m'en avait dit du bien, mais j'avais aussi peur de m'ennuyer un peu ... ce fut malheureusement le cas. La première demie-heure m'a semblée véritablement mortelle, et dans l'ensemble il y a beaucoup de longueurs inutiles. Filmer toute une existence est un exercice périlleux qui demande de trouver un souffle ; là c'est raté. En revanche, Jamie Foxx semble l'incarnation même de Ray Charles dont on retrouve jusqu'aux tics nerveux... Soulignons aussi que la vie de ce grand artiste est assez inconnue du grand public, d'où l'intérêt de ce portrait... Les facettes les moins regardables de ce "junkie" infidèle nous sont dévoilées sans complaisance et avec une certaine justesse. A mon sens ça aurait pu être un grand film mais l'intensité fait défaut pour qu'on ne demeure pas qu'extérieurs à l'histoire et aux personnages.

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04 juillet 2006

Mon ami Machuca

Les grandes lignes : Chili, 1973, la violence politique, l'histoire de 3 gosses qu'une distance sociale infranchissable sépare.

Pourquoi je vous le conseille (très vivement) : si le film peut paraître trop fleur bleue à certains, du fait même de la vision de l'enfance et de l'apprentissage, il n'en reste pas moins vrai que le réalisateur (Andrés Wood) parvient magnifiquement à instiller la tragédie tout au long du film. Matias Quer ("le bourge") m'a énormément touchée, interprétant tout en finesse un rôle difficile dans ses nuances. Des scènes bouleversantes et parfois peu conventionnelles (le père McEnroe dans l'Eglise vers la fin) ; une BO qui sait être présente quand il le faut ; une histoire peut-être banale en apparence mais traitée sans facilités.

Mais j'ai aussi aimé : l'effacement des personnages adultes secondaires ; peu caractérisés c'est vrai, mais finalement tant mieux, il fallait choisir entre davantage de nuances et la force qui réside dans la vision désenchantée du personnage principal.

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